Le festival NLSD 2011 - P3 : Festival de non Labour et Semis Direct : les conférences
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Festival de non Labour et Semis Direct : les conférences
Tenues au sein de l’amphithéâtre du lycée de Saint Pouange, les conférences ont comme tous les ans retenu l'attention d'un grand nombre de visiteurs. Frédéric Thomas avait réuni un plateau savamment équilibré entre intervenants régionaux, nationaux et étrangers. Il a su captiver l'attention des auditeurs pendant 8 heures dans un amphithéâtre aux murs trop étroits.
Les initiatives locales
Dans l’Aube, la Chambre d’agriculture a créé un groupe de travail baptisé ExperTCS. Jeanne-Marie Labrosse, en est une animatrice. Elle est convaincue aujourd’hui, de l’intérêt des mélanges avec au minimum trois espèces, une plante « haute », une plante couvrante et une légumineuse. Elle estime que si le couvert produit au minimum 3 t MS/ha, on peut compter sur 10 à 25 kg N/ha apportés ». Les travaux du groupe s'orientent vers le colza associé à d'autres plantes (trèfles...) et la fertilisation localisée sur l'orge de printemps, le maïs et le tournesol.
Gérard Aubrion (Arvalis) a présenté la plate-forme expérimentale de Thibie, dans la Marne qui fête ses 20 années d’existence. Entre 1991 et 2003, elle a servi à l'étude de la réduction des fuites de nitrates. De 2004 à 2008, la plate-forme s’est ensuite intéressée aux matières organiques et a commencé une comparaison labour et non labour (cover-crop), sur une rotation betterave/blé/orge de printemps avec couverts. Des problèmes de salissement sont survenus en 2009, mais c'était le risque de l'outil (cover crop) utilisé en TCS . Sur le plan rendement, les deux modalités étaient très proches.
A partir de 2008, une nouvelle expérimentation fut entamée avec le programme Phyt’Eau-Réf qui revient aux analyses d'eau en y ajoutant les reliquats de pesticides. Les résultats ne sont pas encore communiqués, mais cela ne saurait tarder.
Enfin, une dernière étude vient de débuter sur l’impact des légumineuses. Elle doit servir de référence à l'administration pour de futurs règlements.
Guillaume Soyeux du CETA Craie Marne Sud a présenté les travaux au sein de son groupement d'étude. L’objectif était de maintenir une productivité maximale dans des systèmes champenois en non labour. En assolement betterave et pomme de terre, la simplification du travail du sol a été abordée, mais impossible d’envisager un strict semis direct. Le CETA s’est investi dans les couverts végétaux. Les productions de biomasse restent inférieures à 3 t MS/ha, mais les couverts présentent un intérêt marqué pour les cultures suivantes. Seule la moutarde a été introduite. Parmi les projets, le CETA débute un programme de strip till en colza et betterave, avec une fertilisation localisée.
Un événement sur le non labour et le Semis Direct (SD) dans l’Aube ne pouvait pas s’organiser sans la présentation de la coopérative Nouricia qui nous a aussi aidés dans l'organisation de cette journée, et de son groupe de travail Nouriciagrosol.
Michel Denis est l'animateur de cette structure d’échanges d’expériences. 71 membres sont actuellement dans cette démarche, et la coopérative veut aller encore plus loin en incitant financièrement les agriculteurs. Christian Rousseau, le Président de Nouricia a présenté la structure qu'il souhaite développer en partenariat avec Agritel et BeCitizen. Son but : mettre en place un cahier des charges « agriculture durable » et valoriser ce label au niveau de l'agriculteur sur une base de 100 €/ha supplémentaire. 100 adhérents sont déjà engagés, pour une surface de 10 000 ha.
Les expériences d'outre Atlantique et d'outre Manche …
La démarche de Nouricia s'est inspirée en partie de la certification « Terre Vivante » au Québec, initiée par le groupe Action Semis Direct dont Jocelyn Michon, est l'ancien Président.
Jocelyn est venu parler, de sa propre démarche d’agriculture de conservation. Depuis 18 ans, il est un vrai pionnier du SD. Exploitant sur 240 ha, sa rotation est maïs/soja/blé de printemps sur 200 ha et maïs/soja sur le restant. Il n’est pas parti brusquement dans la technique mais a procédé à « une désintoxication lente du sol vis-à-vis du travail du sol. ». Entre le maïs et le soja, il implante en général un seigle d’automne, entre la légumineuse et le blé, un blé d’automne, puis avant le nouveau maïs, un couvert, souvent en mélange.
La labellisation « Terre Vivante » est le fruit d’un groupe d’agriculteurs, adhérents d’ASD et épaulé par Odette Ménard « madame ver de terre au Québec ». Pour l’acquérir, il faut répondre à certaines exigences comme être en SD depuis au moins 3 ans et avoir 40 % de couverture par les résidus après semis. Le maïs, le soja et les céréales sont ainsi valorisés financièrement, ainsi que certaines productions animales depuis 2009.
Ann Fischer travaille au Service National de la Conservation des ressources et du sol dans le Montana, au Nord Ouest des Etats-Unis. Son mari exploite leur ferme à quelques km de là, dans l'état voisin du Dakota. Les précipitations font particulièrement défaut dans cette partie des grandes plaines céréalières américaines. Dans le secteur couvert par Ann Ficher, seulement un quart des surfaces est en production de grandes cultures avec un fort historique de rotation blé et jachère sèche (toute la végétation est détruite). Les conséquences sont vite arrivées avec beaucoup d’érosion éolienne due au travail du sol sur sol nu. En 1995, il n’y avait qu’un seul agriculteur en semis direct mais en 2004, le SD a réellement commencé à se développer, finissant, ces deux dernières années, par devenir la norme dans le comté. Face aux problèmes de salissement, les rotations ont également évolué avec l’introduction de nouvelles cultures : pois, tournesol, lin, lentille et colza de printemps. Selon la recette « Dwayne Beck », présent au NLSD en 2008 à Bucquoy, les agriculteurs ont adopté la rotation 2/2 avec successivement 2 dicotylédones puis 2 graminées. Mais le fait le plus marquant est sans aucun doute l’introduction de l’élevage sur les exploitations céréalières, « avec encore plus de performance du système en ramenant plus de fertilité », souligne A. Fischer. On voit ainsi de plus en plus de bovins pâturer les couverts d’interculture : « les vaches pâturent, écrasent la végétation et de ce fait, la mettent parfaitement en contact avec le sol pour une meilleure dégradation », explique l’agronome américaine. Des couverts qui évoluent, suivant cette fois-ci la « mode » française, vers des mélanges type biomax.
Enfin, l’agronome anglais Steve Townsend est à l'origine des programmes de fertilisation présentés par Jim Bullock au dernier festival NLSD dans l'Orne. Pour Steve, il faut arrêter de raisonner comme on l’a toujours fait, à savoir selon la loi du minimum : « on fait une analyse de sol et on identifie ce qui manque ». « On n’intègre pas l’autre loi, celle du maximum, déclare le spécialiste, c’est-à-dire regarder, au contraire, ce qu’il y a en excès ». S. Townsend s’est inspiré d’un exemple concret pour expliquer sa manière de raisonner : « le pH de la parcelle est de 6,5 et l’analyse de sol montre des taux de P, K et Mg, respectivement de 16,6, 170 et 200 mg/l. L’agriculteur dit qu’elle présente une forte population adventice de vulpin, qu’il y a de la compaction et qu’il ne retire jamais de bons rendements. Les cultures, bien qu’avec des apports azotés, semblent toujours avoir « faim ». Déjà, le vulpin indique des conditions d’anaérobie, avec une matière organique qui n’est pas au bon endroit et de faibles taux de calcium. Attention à la valeur de pH. Celle-ci est une mesure de l’hydrogène, pas de calcium. Mg et K sont aussi capables de neutraliser l’hydrogène ! Dans ce cas précis, c’est la magnésie qui donne une lecture élevée du pH, pas le calcium. Il faut commencer par apporter de la chaux. » Le spécialiste a ensuite expliqué à son auditoire que les faibles rendements étaient, cette fois-ci, un indicateur d’une faible assimilation de la potasse. Il existe ainsi un fort antagonisme entre K et Mg. S’il y a trop de Mg, cela handicape l’assimilation de K. il faut avoir le double de K par rapport à Mg et la potasse doit être disponible au moment de l’élongation. »
La spécialiste poursuit en incriminant encore la magnésie qui est aussi responsable de la compaction du sol car celle-ci a un pouvoir « anti-structurant », contrairement au calcium. « D’où l’anaérobiose et donc le développement de vulpins », ajoute-t-il. Il est donc important d’avoir un bon équilibre entre Ca et Mg. Quand à l’impression de « faim des cultures », S. Townsend explique que cela provient encore de Mg et de sa relation avec l’azote : « n’oubliez pas que ce qui donne la couleur verte aux plantes, c’est la chlorophylle qui est constituée de 4 atomes de N et 1 atome de Mg qui donne sa couleur. Si on veut une bonne utilisation de l’azote, il faut obligatoirement de la magnésie ». Ainsi, sur cette parcelle, de la chaux a été appliquée pour améliorer la structure. La pression des vulpins a été atténuée et les herbicides ont mieux fonctionné. Avec un apport de 60 kg/ha de K20 et de la magnésie en foliaire, les rendements sont passés de 7 à 10 t/ha ! Les apports d’azote ont été diminués de 220 à 160 kg/ha.
S. Townsend est une mine de connaissance en matière de fertilisation. Nous vous recommandons de vous rapprocher de ses communications pour en savoir plus (voir revue TCS).
(Cette page a été rédigée avec l'aimable collaboration de Cécile Waligora attentive auditrice de ces exposés)








